La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 108 – Août 2011

Rédaction : Frère Bruno Bonnet‑Eymard


Liber accusationis quartus
2. L'hérésie

À notre Saint-Père le pape Benoît XVI

par la grâce de Dieu et la loi de l’Église

juge souverain de tous les fidèles du Christ

plainte

pour hérésie, schisme et scandale

à l’encontre

de notre frère dans la foi

Joseph Ratzinger

              Très Saint Père,

Je n’oserais entreprendre une telle démarche si les plaintes naguère adressées par l’abbé Georges de Nantes, feu notre Père bien-aimé, à vos prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II, de triste mémoire, restées sans réponse, ne recevaient de votre propre conduite un nouveau motif de s’exprimer par notre bouche.

Nous avons dénoncé le mois dernier le grave scandale que constitue la publication d’un livre répandu dans le monde entier sous la signature du pape Benoît XVI, donc reçu par les masses fidèles comme “ parole d’Évangile ” alors qu’il est rempli des prises de position exégétiques et théologiques discutables de Joseph Ratzinger, à mon sens contraires à vingt siècles de tradition catholique (cf. Il est ressuscité n° 104, avril 2011, p. 13-27 ; n° 105, mai 2011, p. 5-20 ; n° 106, juin 2011, p. 1-6 ; n° 107, juillet 2011, p. 1-2).

Le schisme dont vous êtes accusé, Très Saint Père, consiste dans le péché contre la charité commis par Votre Sainteté envers nos « frères aînés », enfants d’Abraham, que vous excluez de la prédication chrétienne au motif que, selon vous, « Israël conserve sa propre mission. Il est dans la main de Dieu qui, au temps voulu, le sauvera totalement ”, quand le nombre des païens sera complet. » (p. 63)

Y a-t-il donc deux humanités, deux genres humains : les juifs et les autres ?

Quant à l’hérésie, elle tient tout entière dans la confusion que vous faites entre le judaïsme biblique, d’avant Jésus-Christ, qui prépara son avènement, d’une part, et le judaïsme postérieur, talmudique, d’autre part, né du judaïsme contemporain de Jésus-Christ, celui du premier siècle de notre “ ère chrétienne ”, rebelle à son Sauveur et durement châtié par la destruction de Jérusalem, effectuée par Titus en 70 après Jésus-Christ, et par la dispersion des juifs parmi les nations.

Ce judaïsme antichrist est né du passage de la prédication chrétienne des juifs aux païens, excitant la jalousie des premiers, d’une part, et du choc, véritable traumatisme collectif, que provoqua la chute de Jérusalem, d’autre part. L’opposition radicale des juifs, de race et de religion, à Jésus comme à un faux Messie, et à ses Apôtres comme à des mînîm, des hérétiques, des traîtres, solidarisa et restructura Israël sur la base d’un nouveau judaïsme sectaire et persécuteur. Tandis qu’en contrepartie, les chrétiens, juifs et païens confondus, étaient conduits, dans la logique de leur foi et sous l’aiguillon des persécutions de la Synagogue, à négliger, à nier et à réprouver toute différence entre eux, de race, de rites ancestraux, de pratiques et de coutumes particulières, pour ne plus faire qu’un corps et qu’une âme, par leur unique baptême, « dans le Christ ».

Dès lors, « les juifs chrétiens ne seront plus que chrétiens, quant à la religion et quant à leur vie sociale même, du fait de leur exclusion des synagogues. Ne subsisteront donc plus comme groupes religieux distincts, en dehors du paganisme qui va à sa perte, que la nouvelle Église catholique et la Synagogue, celle-ci groupant exclusivement les juifs de race faisant profession d’hostilité définitive à Jésus-Christ. Ce judaïsme, postérieur à la revendication messianique de Jésus de Nazareth appelé “ Christ et Seigneur ” par ses partisans, sera donc un judaïsme antichrist et de ce fait, vis-à-vis de l’Église nouvelle, antichrétien. » (G. de Nantes, CRC n° 240, février 1988)

Votre hérésie Très Saint Père, consiste à considérer ce judaïsme-là comme une source autorisée « pour comprendre correctement la volonté et la parole de Dieu » (Jésus de Nazareth, t. II, p. 50).

Cette proposition-là est magistralement, souverainement, infailliblement condamnée par saint Paul proclamant que le salut vient de la seule foi en Jésus-Christ, annulant donc pour tous toute autre nécessité que l’obéissance à la seule loi évangélique (Ga 2 ; Rm 1 - 8)

Vous avez déclaré un jour, Très Saint Père, que vous ne répondriez jamais à l’abbé de Nantes, que c’était pour vous une « question de principes ». Je vous comprends. Que répondre à un prêtre qui a pour garant l’Apôtre des Gentils, lequel ne craignit pas de « résister en face » à Pierre « parce qu’il s’était donné tort » (Ga 2, 11) ?

Permettez-moi de vous rappeler cette pénible affaire que saint Luc n’a pas osé rapporter dans les Actes. Nous ne saurions rien de l’incident si saint Paul ne l’avait raconté aux Galates : « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens. » (Ga 2, 11-12)

Je transpose : avant les pressions du lobby juif sur le Vatican, sous le règne de Pie XII l’Église avait le souci des âmes, en particulier de celles des Israélites qu’elle protégea des exactions nazies.

« Mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis. Les autres juifs le suivirent dans son hypocrisie si bien que Barnabé lui-même se laissa entraîner par leur hypocrisie. » (Ga 2, 12-13)

D’une telle “ hypocrisie ”, Très Saint Père, votre livre offre cent exemples. Je n’en citerai que ce passage où vous faites précisément allusion à cet “ incident d’Antioche ” :

« Par les Lettres de Paul surtout, nous connaissons les oppositions contrastées qui se faisaient sentir dans l’Église naissante sur la question de savoir si la Loi mosaïque conservait aussi pour les chrétiens sa force contraignante. » (p. 262)

Cette question fit même l’objet du premier “ Concile ” qui se tint à Jérusalem en l’an 49 après Jésus-Christ, et que saint Luc raconte dans les Actes au chapitre quinzième. La décision prise par les Apôtres et les « anciens », en accord avec l’Église tout entière et définie par Pierre, est sans ambiguïté : « C’est par la grâce du Seigneur que nous croyons être sauvés », nous les juifs, « tout comme eux », les païens (Ac 15, 11). Tel est le dogme défini par Pierre sous l’inspiration directe du Saint-Esprit, qui a été finalement reçu par l’Église entière jusqu’à nos jours, jusqu’à vous, exclusivement, Très Saint Père ! Tel est le dogme que Paul reproche à Pierre de renier par sa conduite “ hypocrite ” :

« Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : “ Si toi qui es juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? ”

« Nous sommes, nous, des juifs de naissance et non de ces pécheurs de païens ; et cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifié. » (Ga 2, 14-16)

C’est clair, non ?

Qu’à cela ne tienne ! Pour « judaïser » à l’exemple de saint Pierre, vous citez le Psaume 40 dans la version grecque des Septante, présenté dans l’Épître aux Hébreux comme « un dialogue du Fils avec le Père, un dialogue dans lequel s’accomplit l’Incarnation et où, en même temps, la forme nouvelle du culte divin devient réalité :  Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté. ” (He 10, 5 sq. ; cf. Ps 40, 7 sq.). »

Parfait ! Nous sommes en pleine théologie catholique du mystère de l’Incarnation.

Puis, vous continuez : « Dans cette brève citation du Psaume, une importante modification a été apportée au texte original, une modification qui offre le point culminant d’un développement en trois étapes dans la théologie du culte. Alors que la Lettre aux Hébreux lit :  Tu m’as façonné un corps ”, le psalmiste avait dit :  Tu m’as ouvert l’oreille. ” » (p. 264-265)

Présentée ainsi, la différence paraît tenir à une « modification » apportée au texte original du Psaume par l’auteur de l’Épître aux Hébreux, pour les besoins de la théologie chrétienne. Alors que c’est le contraire qui est vrai, car la version citée par l’Épître aux Hébreux, loin de modifier quoi que ce soit, est celle de la traduction grecque des Septante, antérieure à la version des massorètes. Or, cette dernière est l’œuvre des rabbins de Jamné, modifiée à la fin du premier siècle de notre ère, pour combattre la prédication chrétienne (cf. Bruno Bonnet-Eymard, “ Le moyen Testament ”, in Bible, Archéologie, Histoire, t. I, p. 121-123).

Voici la signification du texte massorétique telle que vous l’avez comprise, Très Saint Père :

« Ainsi arriva à être formulée l’idée du  sacrifice par le moyen de la parole ” : la prière, l’ouverture de l’esprit humain à Dieu, voilà le culte véritable. Plus l’homme se fait parole – ou mieux encore : plus il devient par toute son existence réponse à Dieu – plus il met en place le juste culte. » Nous vous suivons très bien, Très Saint Père. Vous en venez où les rabbins voulaient vous conduire :

« Dans l’Ancien Testament, à partir des débuts des Livres de Samuel jusqu’à la prophétie tardive de Daniel, nous trouvons de manière toujours nouvelle une recherche ardente dans la ligne de cette pensée qui est liée toujours plus étroitement à l’amour pour la Parole de Dieu qui oriente, c’est-à-dire pour la Torah. » (p. 265)

En bon français : pour la Loi. cqfd ! Exit saint Paul et le concile de Jérusalem !

LES DEUX VOIES

Et voilà comment, « après des siècles d’opposition, nous nous reconnaissons le devoir de faire en sorte que ces deux manières de faire une nouvelle lecture des écrits bibliques – celle des chrétiens et celle des juifs – entrent en dialogue entre elles, pour comprendre correctement la volonté et la parole de Dieu » (p. 50).

En conséquence de ce retour à la Torah, ce qui brille par son absence dans votre livre, Très Saint Père, c’est la grâce, et le Saint-Sacrifice de la messe qui en est la source où Jésus se fait chaque jour et en chaque lieu de la terre Hostie d’amour, consacrée à l’Amour du Père qui est un feu dévorant, pour être consumée par lui au bénéfice de toute créature. Le culte de Dieu fait Corps, évacué au bénéfice du culte de l’homme, « l’homme vivant, devenu tout entier réponse à Dieu, façonné par sa Parole qui guérit et transforme » (p. 269) dans l’une et l’autre voie, « celle des chrétiens et celle des juifs ».

Par une hypocrisie consommée, l’allusion à l’Eucharistie n’est cependant pas absente. En effet, vous l’admettez :

« Dans la célébration de l’Eucharistie, dans la participation toujours nouvelle au mystère sacerdotal de Jésus-Christ, nous pouvons voir le centre du culte chrétien. »

Non pas catholique, mais « chrétien ». Votre formule englobe aussi bien la “ Cène ” protestante que la Messe catholique. Et même ainsi considéré, ce « culte chrétien » ne constitue qu’une vue partielle de « l’extension totale » d’un culte dont « le but est constamment d’attirer à l’intérieur de l’amour du Christ [j’allais écrire : à l’intérieur de l’Église, mais non !] chaque individu [de n’importe quelle religion] et le monde entier [toutes religions confondues] si bien que tous deviennent avec lui [et non pas “ par lui ”]“ une offrande agréable à Dieu, sanctifiée dans l’Esprit-Saint ” (Rm 15, 16). » (p. 270)

Ce Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle (Masdu), dont vous êtes l’inlassable propagandiste, comme vos prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II, ne peut décidément pas être catholique ! Il lui manque l’Action sacrificielle quotidienne, célébrée par tout prêtre en toute église, partout où deux ou trois se trouvent réunis au nom de Jésus, nécessaire pour effectuer chaque fois de nouveau la rémission des péchés du peuple de l’Alliance, qui est l’Église catholique, et elle seule, et la nutrition de cette Église par le Christ, comme de son Corps. Car telle est la foi catholique en laquelle nous voulons vivre et mourir.

frère Bruno de Jésus.