La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle
IL EST RESSUSCITÉ !
N° 107 – Juillet 2011
Rédaction : Frère Bruno Bonnet‑Eymard
Liber accusationis quartus
1. Le schisme et le scandale
En janvier 1988, après la publication de l’ouvrage Le choix de Dieu par le cardinal Lustiger, l’abbé de Nantes dénonçait le « grand scandale » d’un « retour en force du judaïsme talmudique dans l’Église, dans le but ultime de se l’assujettir entièrement, sous le couvert de l’œcuménisme et de... la liberté religieuse ».
Dans cet ouvrage, en réponse à l’Appel au Jugement de Dieu interjeté en 1987 par l’abbé de Nantes, Jean-Marie Aaron Lustiger, alors archevêque de Paris, affirmait que le judaïsme est l’alliance éternelle, race et religion messianiques devenues le salut de tous :
« L’Église du Christ s’étant, par une première infidélité, jetée dans l’hérésie de la Liberté religieuse au profit indistinct de toute religion quelle qu’elle soit, se trouve aujourd’hui livrée à la seule religion qui ait eu, jadis, une source divine, à la seule qui ait possédé quelque vérité, quelque force, tout employées désormais contre elle, qui lui a succédé dans les larmes et dans le sang, le Sang de Jésus, leur “ Signe de contradiction ”. » (Georges de Nantes, Judaïsme ou Catholicisme, Aaron Jean-Marie Lustiger doit choisir, CRC n° 239, janvier 1988).
RÉTRACTATION
On peut dire que l’ouvrage de Benoît XVI “ Jésus de Nazareth ”, aggrave le scandale. Le Pape affirme avoir, sur la question du salut des juifs, une meilleure « compréhension » que tous ceux qui l’ont précédé en vingt siècles de tradition catholique accusée par lui de « nombreux malentendus, lourds de conséquences, qui à ce propos ont pesé sur les siècles passés. Par une nouvelle réflexion, nous pouvons cependant reconnaître qu’au milieu de tous ces obscurcissements, la possibilité de la mise en route d’une juste compréhension est toujours apparue. » (p. 61)
Le Pape prétend en effet trouver un appui en faveur de sa « nouvelle réflexion » chez saint Bernard, au XIIe siècle, et... au XXe - XXIe siècle chez une abbesse du nom de Hildegarde Brem, que j’ai prise pour sainte Hildegarde, contemporaine et correspondante de saint Bernard (Il est ressuscité n° 104, avril 2011, p. 18). Mais non ! Il s’agit d’une contemporaine, abbesse d’un couvent cistercien situé dans le Vorarlberg, en Autriche, et correspondante de Joseph Ratzinger !
Commentant une lettre de l’abbé de Clairvaux qui exhortait peuple et clergé de France à prendre les armes pour défendre l’Église d’Orient – actuel ! – cette religieuse écrit : « L’Église ne doit pas se préoccuper de la conversion des juifs, parce qu’il faut attendre le moment préétabli par Dieu jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens (Rm 11, 25). Bien plus, les juifs eux-mêmes sont une prédication vivante à laquelle l’Église doit renvoyer, parce qu’ils réalisent la Passion du Christ (cf. Ep 363). » Entendez : Israël s’identifie au Messie souffrant.
SAINT BERNARD CONDAMNE BENOÎT XVI
Dans cette épître 363, saint Bernard ne dit pas qu’il ne faut pas convertir les juifs, mais plutôt qu’il ne faut pas les massacrer ! précisément parce que « tous ceux qui meurent dans leur endurcissement sont perdus pour l’éternité » (n° 6).
Il est vrai que dans le De Consideratione, où saint Bernard rappelle au pape Eugène III ses devoirs, Benoît XVI trouve un passage qui semble aller dans son sens, mais il doit commencer par le tronquer pour ne pas recevoir lui-même la monition de plein fouet !
L’abbé de Clairvaux « rappelle au pape, écrit Benoît XVI, qu’il ne lui a pas été confié de prendre soin seulement des chrétiens : “ Tu es également débiteur vis-à-vis des infidèles, des juifs, des Grecs et des païens. ” Toutefois, il se corrige immédiatement. »
Ce n’est pas exact. Le saint continue en effet :
« Tu ne dois par conséquent rien négliger pour convertir les incroyants, pour retenir les convertis, pour rattraper les égarés. Tu ne dois rien négliger pour replacer dans la foi ceux qui se sont laissés séduire, et pour réfuter leurs séducteurs avec des arguments si péremptoires qu’ils s’en amendent, s’il se peut, ou que, faute de mieux, ils perdent leur crédit et le pouvoir de nuire. Tu ne dois même pas négliger la plus détestable espèce d’insensés qui soient au monde : je veux parler des hérétiques et des schismatiques. Ceux-là, tu le sais, sont à la fois pervertis et pervertisseurs, de véritables chiens pour déchirer, de vrais renards quant à la ruse. Oui, bien loin de les négliger, consacre-leur tes meilleurs soins, soit pour les corriger et les arracher ainsi à leur perte, soit pour les réprimer et les mettre hors d’état de nuire. »
Ce n’est pas « immédiatement », mais après avoir rappelé au pape Eugène III son devoir de foncer contre les hérétiques et les schismatiques, que saint Bernard admet une restriction citée par Benoît XVI :
« J’admets que pour ce qui concerne les juifs, tu as une excuse liée au temps ; un moment précis a été déterminé pour eux, que l’on ne peut pas anticiper. Les païens doivent les précéder dans leur totalité. »
Benoît XVI en conclut : « Pendant ce temps, Israël conserve sa propre mission. Il est dans la main de Dieu qui, au temps voulu, le sauvera “ totalement ”, quand le nombre des païens sera complet. » (p. 63)
Quelle « mission » ? Qui la lui a donnée ? Où est-elle écrite ? Où l’Église a-t-elle jamais enseigné une telle chose avant Benoît XVI et... Hildegarde Brem ?
LA CONVERSION DES JUIFS
En tout cas, saint Paul lui est entièrement contraire : « Je suis bien l’apôtre des païens, écrit-il aux Romains, mais c’est avec l’espoir d’exciter la jalousie de ceux de mon sang et d’en sauver quelques-uns. » (Rm 11, 13-14)
En effet, dans ce même chapitre où il constate qu’Israël dans son ensemble rejette l’Évangile, l’Apôtre affirme qu’ « il subsiste un reste, élu par grâce » (Rm 11, 5), car les juifs peuvent être sauvés et le seront au “ temps des païens ” : « Et eux, s’ils ne demeurent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés : Dieu est bien assez puissant pour les greffer à nouveau. » (Rm 11, 23)
Il n’en demeure pas moins que la plupart des juifs persistent dans leur opposition à Dieu et à son Christ, mais nous ne devons pas nous étonner de cette obstination puisqu’elle est une constante de leur histoire sainte (Rm 9, 25-33 ; 10, 21 ; 11, 3-4 ; 11, 8-10 ; He 3, 7-11 ; 4, 2-5 ; Ac 13, 44-52 ; 1 Th 2, 15 : Ap 2, 9 ; 3, 9).
Les juifs ont toujours eu la “ nuque raide ” (Ex 32, 9 ; Ac 7, 51). C’est précisément la raison par laquelle Dieu les a rejetés :
« Ces gens-là ont mis à mort Jésus le Seigneur et les prophètes, ils nous ont persécutés, ils ne plaisent pas à Dieu, ils sont ennemis de tous les hommes quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour leur salut, mettant ainsi en tout temps le comble à leur péché ; et elle est tombée sur eux, la colère, pour en finir. » (1 Th 2, 15-16)
Cette opiniâtreté ne nous dispense pas de les prêcher : « Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort ; pour les autres, une odeur qui de la vie conduit à la vie. » (2 Co 2, 15-16)
Il n’y a pas de nouvelle révélation sur ce point.
Que dit saint Paul ?
« Une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : “ De Sion viendra le Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob. Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés. ” » (Rm 11, 25-27)
Selon Benoît XVI, « tout Israël » se rapporte à une génération des juifs à venir, lors du retour du Christ. Ce qui revient à exclure les juifs de la prédication chrétienne pendant le « temps des païens », notre temps. Mais c’est inacceptable, car ce serait les vouer au sort de ces âmes qui tombent en enfer « parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles » (Notre-Dame de Fatima, le 19 août 1917).
Ces âmes sont pourtant chéries de Dieu, rappelle saint Paul, « à cause de leurs pères » Abraham, Isaac et Jacob. « Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance. » (Rm 11, 28-29)
Dès lors, qu’a voulu dire l’Apôtre en affirmant que « tout Israël sera sauvé » ? À qui l’expression « tout Israël » se rapporte-t-elle ? À tous les juifs qui ont été sauvés par grâce depuis Abraham jusqu’aujourd’hui.
Mais il y a plus : « tous les descendants d’Israël ne sont pas Israël » (Rm 9, 6). En effet, « la chair ne sert de rien » (Jn 6, 63), ce n’est pas la race qui compte : « Ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, seuls comptent comme postérité les enfants de la promesse. » (Rm 11, 8)
« Tout Israël » désigne donc et « la totalité des païens » (Rm 11, 25) et le « reste » des juifs, « élu par grâce » (Rm 11, 5) qui ne formeront « ainsi » (outos, Rm 11, 26) qu’une seule communauté, celle des sauvés au long des siècles de l’Église, unissant l’Israël spirituel à l’Israël charnel en un seul corps : « tout Israël ».
Refuser de prêcher la vérité aux juifs est donc, objectivement, faire acte de schisme, qui est pécher contre la charité de l’Église et sa pratique constante depuis ses origines. Benoît XVI manifeste sa détestation de ce zèle apostolique parce qu’il implique “ prosélytisme ” et controverse pour la défense du dogme de la foi sans laquelle nul ne peut être sauvé.
Il nous faut donc de toute urgence prêcher l’Évangile aux juifs jusqu’au second avènement du Christ, puisqu’il y a un « reste » que Dieu veut sauver, et que « la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ » (Rm 10, 17).
Les pages qui suivent s’y essaient, Dieu aidant.

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