La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle
IL EST RESSUSCITÉ !
N° 112 – Décembre 2011
Rédaction : Frère Bruno Bonnet‑Eymard
CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2011
LE SECRET DE LA REINE DES PROPHÈTES :
LA GRÂCE DE SA DIVULGATION
Le jubilé de l’an 2000 fut ouvert en la basilique Saint-Pierre, le 24 décembre 1999, par une cérémonie étrange, initiatique, pour réconcilier tous les peuples et toutes les religions, conformément au dessein millénariste et mondialiste du pape Jean-Paul II. Il n’y eut pas d’eau bénite pour chasser le démon, ni d’encens pour exprimer l’adoration du vrai Dieu. Ils étaient remplacés par des parfums et des fleurs apportés par des laïcs venus d’Orient, tandis que résonnaient des sonneries de cors africains.
Les fêtes païennes de cet an 2000 et les actes scandaleux du Pape : ses rencontres interreligieuses et ses solennelles repentances pour les « fautes historiques » (sic) commises par l’Église, éclipsèrent le seul anniversaire qui aurait mérité d’être célébré, et dont de savantes études de notre frère Bruno confirmaient la vérité : « L’an I de son ère, Jésus naquit à Bethléem, et c’était le 25 décembre. » (CRC n° 362, décembre 1999, p. 1-11)
Au printemps, le voyage de Jean-Paul II en Palestine fut comme une apothéose de l’Antichrist. Le 21 mars 2000, sur les rives du Jourdain, le Pape s’écria : « Que saint Jean-Baptiste protège l’islam ! » Le jeudi suivant, il ouvrait une réunion interreligieuse à Notre-Dame de Jérusalem par une citation de la première sourate du Coran. Il y formula le vœu que « le Tout-Puissant apporte la paix à cette région tout entière et bien-aimée ».
Notre Père commentait : « Sans Jésus-Christ ? Mais c’est impossible, Très Saint-Père ! Lui seul est notre Paix, avec sa divine Mère. » (CRC n° 366, avril 2000, p. 1)
Cependant, cette folle année 2000 fut par ailleurs celle d’une grâce inespérée : la publication de la troisième partie du Secret de Fatima, dont la très Sainte Vierge avait demandé qu’il fût révélé au plus tard en 1960.
FAUX ET VRAI SECRET.
Certes, Jean-Paul II poursuivait son long et secret combat contre Notre-Dame de Fatima, un combat qui atteignit son paroxysme lors de sa venue sur les lieux des apparitions, le 13 mai 2000, pour la béatification des deux voyants, François et Jacinthe Marto. En effet, ce jour-là, sur son ordre et en sa présence, le cardinal Sodano, secrétaire d’État, commença à dévoiler le troisième Secret en le travestissant : il osa prétendre que le Pape martyr, dont il est question dans ce Secret, était Jean-Paul II, victime d’un attentat en 1981. Comme si ce dernier était le Pape de Fatima, l’élu de l’Immaculée ! Bref, c’était « l’imposture suprême » (Toute la vérité sur Fatima, t. 4, éd. CRC, 2003, p. 405-436).
Convaincu que le Pape avait falsifié le Secret, notre Père partit alors pour Fatima en pèlerinage avec notre frère Bruno. Il ne cessait de murmurer : « C’est effrayant.
– Qu’est-ce qui est effrayant ?
– Cette façon de parler du “ Secret ”, comme si ce n’était rien. Le premier, c’est l’enfer. Point c’est tout. Ça ne fait peur à personne ! Le deuxième, c’est le communisme. Mais qui a disparu. Et le troisième ? C’était l’attentat du 13 mai 1981... Menteur ! »
Puis vint la complète divulgation du vrai Secret, c’est-à-dire de son texte authentique, le 26 juin 2000, mais accompagnée d’un fallacieux commentaire du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. « Aucun grand mystère n’est révélé. Le voile de l’avenir n’est pas déchiré », écrivait-il en insinuant qu’il s’agissait d’affabulations de Lucie, à partir de ses dévotions enfantines : « La conclusion du Secret rappelle les images que sœur Lucie peut avoir vues dans des livres de piété et dont le contenu provient d’anciennes intuitions de foi. »
« Quelles images ? demandait l’abbé de Nantes. Si le cardinal en connaît, qu’il nous le dise ! Mais il n’en connaît pas. »
Contrairement à ce que prétendit mensongèrement le cardinal Ratzinger, les visions du Secret ont un caractère extraordinairement nouveau et prophétique, inimaginable en 1917, parce qu’elles annoncent et décrivent précisément ce que nous vivons depuis 1960, confirmant ainsi les analyses et les démonstrations théologiques de l’abbé de Nantes.
NOUVELLE ALLIANCE.
Rejetant le commentaire moderniste du cardinal, notre Père médita ce Secret dans un cœur à Cœur avec sa Mère du Ciel, d’autant qu’il était convaincu de l’extrême importance des révélations de Fatima qui définissent les clauses d’une « nouvelle alliance ». Il l’avait démontré dans son éditorial de janvier 1992, intitulé La lumière sous le boisseau : cet adorable secret, notre unique espérance.
« Il faut l’avouer, le proclamer, ce qui nous guide depuis trente ans et plus dans notre observation attentive des événements du monde, c’est la grande révélation de Fatima du 13 juillet 1917, lumière sous le boisseau de ladite “ nouvelle évangélisation ”. Parce que Notre-Dame nous a proposé ce jour-là une alliance de son Fils Jésus-Christ, Dieu, avec les hommes, alliance fille de la nouvelle et éternelle alliance scellée à jamais dans le Sang de l’Agneau et dans la foi indéfectible de son Église-Épouse, vraie fille d’Abraham et légitime détentrice de ses promesses.
« Alliance contractuelle, traité inégal où il est peu demandé à la créature et beaucoup promis, si toutefois elle se montre fidèle à son Sauveur et dévouée à la Médiatrice de cet accord, appliquée à satisfaire toutes leurs demandes et loyale dans ce service. C’est un minimum ! en échange duquel paix sur terre et gloire dans le Ciel seront notre récompense.
« Donc les affaires de ce siècle sont conduites d’En-Haut par Dieu selon les engagements de cette alliance, comme les avatars du peuple hébreu le furent selon l’Alliance mosaïque et comme les bonheurs et les malheurs de la Chrétienté, et particulièrement de la France “ fille aînée de l’Église ”, résultent de leur fidélité ou de leurs manquements à la loi de Jésus-Christ leur Chef et leur mystique Époux. C’est insensé pour les autres hommes en raison de leur aveuglement et de leur dureté de cœur, c’est clair et rassasiant pour tout bon catholique. »
Comme les visions de la troisième partie du Secret décrivent, sous une forme allégorique, les promesses divines répondant à cette “ nouvelle alliance ” en Marie, et les châtiments liés aux refus des hautes autorités de l’Église de satisfaire à ses exigences, nous allons d’abord récapituler ses deux premières parties.
Ensuite, nous verrons que le troisième Secret fut une lumière et un réconfort pour notre Père parce que sa vision centrale a rendu à notre affection, à notre admiration, à notre culte, un bon Pasteur, « débordant de sollicitude pour son troupeau, attirant tout à lui pour guérir le monde de ses folies, avec humour et délicatesse... »
L’AVENIR DES PÉCHEURS : « UN OCÉAN DE FEU ».
C’est après en avoir reçu l’ordre formel de ses supérieurs que sœur Lucie dévoila, en août 1941, dans son troisième Mémoire, les deux premières parties du Secret.
Le 13 juillet 1917, « Notre-Dame ouvrit de nouveau les mains comme les deux derniers mois. Le reflet parut pénétrer la terre... »
« Parler de reflet, écrit l’abbé de Nantes, est d’une précision théologique remarquable. L’être humain ne peut voir la lumière qui est Dieu, mais seulement le reflet de cette lumière. La distinction illustre exactement la pensée de saint Paul : “ Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors, ce sera face à Face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors, je connaîtrai comme je suis connu. ” (1 Co 13, 12) » (Le Secret de Marie, CRC n° 369, août 2000, p. 2)
« ... et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes. Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. »
Sœur Lucie ajoute en incise : « C’est à la vue de ce spectacle que j’ai dû pousser ce cri : “ Aïe ! ” que l’on dit avoir entendu de moi.
« Les démons se distinguaient par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés. »
« C’est peut-être la première fois, observe l’abbé de Nantes, que des êtres humains ont ainsi vu de leurs yeux l’enfer et ceux qui s’y trouvent. Des mystiques, telle sainte Thérèse d’Avila, en ont eu quelque expérience, mais sans commune mesure avec ce que ces enfants ont vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles, avant de reprendre leurs jeux et le cours de leur vie ordinaire.
« Le fait est là, marquant d’une extraordinaire objectivité des mystères inaccessibles à notre esprit. Ce ne sont pas des imaginations d’enfants ; c’est le dogme de la foi exprimé avec une clarté et une précision capables de mettre au cœur de chacun de nous une crainte salutaire, afin de ne pas tomber dans ce feu ! » (CRC n° 369, p. 2)
L’expression les âmes ayant formes humaines est métaphysiquement vraie, remarquait notre Père. En effet, l’âme est la forme du corps. Or, à la mort, provisoirement séparée de lui, elle garde cette forme en attendant la résurrection de la chair. Après cette résurrection, c’est avec leur corps que les damnés souffriront éternellement.
Les démons, qui harcèlent les damnés, tout en souffrant eux-mêmes, ont des formes horribles d’animaux épouvantables. C’est l’explication de l’existence, dans l’ordre de la création, de tout ce qui est horrible : Dieu l’a voulu dans sa sagesse pour imprimer en nous la peur... de l’enfer.
Le feu éternel est une réalité, enseignait encore notre Père. C’est un feu physique et spirituel, analogue au feu matériel de la terre, et qui brûle tout l’être indissociablement, comme la braise est tout entière consumée par le feu.
Si Notre-Dame a ainsi montré l’enfer aux trois pastoureaux de Fatima, c’est parce que son existence allait être oubliée, méconnue et même niée, jusque dans l’Église, en nos temps de “ molle apostasie ”. Assurément, il faut rien de moins que cette vision terrifiante pour nous prémunir contre l’hérésie moderniste, et pour ancrer dans nos esprits cette vérité tragique, mais évangélique.
Dans les Appels du message de Fatima, sœur Lucie rappelle que « dans la Sainte Écriture, abondent les passages qui nous parlent de l’existence de l’enfer, des tourments qu’on y souffre et des âmes qui y tombent ». Or, la vision du 13 juillet 1917 est « une preuve supplémentaire de ces vérités pour que nous ne nous laissions pas tromper par les fausses doctrines des incrédules qui les nient et de ceux qui ont quitté le droit chemin et déforment ces vérités. »
Un jour, notre Père s’est demandé : « Eh bien ! où sont-ils, ces “ pauvres pécheurs ” dont les âmes vont en enfer ?
« Ils sont parmi nous : ils vivent sur la terre, ils meurent, et, parce que personne ne prie pour eux, ils tombent en enfer. »
Réciter le Credo est une chose. Ouvrir les yeux sur le monde à sa lumière en est une autre :
« Je n’avais pas pensé, je n’avais pas osé, en nos temps de libéralisme et de relâchement, faire ce rapprochement entre les horribles criminels aujourd’hui en action au milieu de nous, et les mêmes horribles damnés demain, parmi les démons, hurlant et maudissant Dieu ! Tous ces gens, ces multitudes de personnages en vogue, savants, politiciens, artistes de cinéma, hommes d’affaires, tueurs, amuseurs... foules idolâtres, incrédules, fanatiques de leurs fausses religions ou idéologies, vont en enfer, puisque personne ne prie pour eux, ni ne les évangélise. Ces gens, et surtout les grands responsables de l’apostasie des masses, et des révolutions, et des haines, sont les futurs habitants de l’enfer ?
« Alors, je n’avais pas pensé, pas osé faire ce rapprochement entre mes diverses sources d’information : la vision de nos actualités, les horreurs de notre monde qui nous y sont montrées, et la vision des âmes dans l’enfer.
« Entre tous ces gens, qui se perdent sans que personne les tire de leur état damnable, et les flammes de l’enfer, si proche, comme un arrière-fond de scène, il n’y a que le rideau léger de la mort. Là où sont leurs pères, ils iront. Mais là où ils sont, nous sommes encore mêlés à eux, nous en subissons l’influence. Ah ! mon Dieu, qu’ils ne nous entraînent pas ! » (CRC n° 309, janvier 1995, p. 34)
CE QUE DIEU VEUT...
Sœur Lucie poursuit : « Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse... »
La suite tient donc à cette “ première vision ”, non pas tant comme un “ deuxième secret ”, mais plutôt comme une réponse de la miséricordieuse tendresse de Notre-Dame à l’effroi de ses enfants :
« Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. »
« Quelle émouvante révélation que celle-là ! » écrit notre Père. Le désir du Cœur de Dieu est de sauver les âmes des pauvres pécheurs « par le moyen qu’il a décrété lui-même dans sa Volonté de bon plaisir, et qui est l’épanouissement grandiose de la dévotion universelle au Cœur Immaculé de Celle qu’il a voulu faire elle-même messagère de cette demande et mettre ainsi en avant de Lui comme sa propre Reine et maîtresse !
« Une pareille volonté divine s’inscrit au rang des lois souveraines et toutes premières auxquelles l’Église doit consentir et se soumettre entièrement. Il s’agit d’une volonté divine révélée au monde et de la manière la plus éclatante, par l’incomparable envoyée qu’est l’Immaculée Vierge Marie, et garantie par les plus étonnants miracles et prophéties de l’histoire moderne.
« Il s’agit du salut de multitudes de pauvres pécheurs déjà promis à la damnation, et donc d’une charité fraternelle de première instance !
« Il s’agit enfin de l’établissement de la dévotion sans doute la plus chère au Sacré-Cœur de Jésus, qu’il veut faire passer jusque devant la sienne, la dévotion au Cœur Immaculé de sa divine Mère ! »
C’est « pourquoi toute l’Église devrait, depuis la révélation et la diffusion de ce Secret, embrasser avec ferveur la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Or ce n’est pas le cas. » (CRC n° 279, p. 2)
LA PROPHÉTIE VÉRIFIÉE : LE CIEL ÉTAIT ROUGE SANG.
« Si on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et on aura la paix. La guerre va finir. »
« C’est la Grande Guerre. De fait, elle se terminera l’année suivante pour l’ensemble des belligérants.
« Dès la fin de cette vieille guerre, le nouveau contrat entre en exercice, comme une offre ultime de grâce et de miséricorde, à condition d’en remplir les petites demandes. En 1918 donc, tout commence de cette nouvelle Alliance sous le signe du Cœur Immaculé de Marie. »
« Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu... »
Hélas ! « dès le lendemain de la victoire, on n’en eut aucune reconnaissance à Dieu ni à sa sainte Mère, et les peuples s’abîmèrent dans le laïcisme, la démocratie, la corruption. »
« ... sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. »
« Maîtresse des camps, Reine des batailles parce que dépositaire des pouvoirs divins, la Vierge Marie annonce la Deuxième Guerre mondiale avant même que soit achevée la première ! Elle sait et dit en 1917 ce qui arrivera en 1938 parce qu’elle est du Ciel ! Elle sait l’obstination des hommes à braver la puissance de Dieu en l’insultant elle-même, au moment où elle cherche à les sauver tous. Elle sait que Dieu ne le supportera pas !
« La prophétie est datée avec une meilleure exactitude que les travaux des historiens. Ce fut bien sous le règne de Pie XI, dont nul ne pouvait sur terre prévoir l’existence et le rôle en 1917, et surtout pas les trois petits bergers d’Aljustrel, que le malheur s’annonça : en janvier 1938, par une décision de Hitler à lui suggérée par Staline. » (CRC n° 279, p. 2 et no 369, p. 4)
« Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’il va punir le monde de ses crimes. »
« Cette nuit illuminée d’une lumière inconnue fut celle du 25 au 26 janvier 1938. Je me souviens du récit des externes, le lendemain matin, au “ pensio ” Notre-Dame de France, au Puy. Nous autres, pensionnaires, n’avions rien vu, hélas ! parce que nous dormions dans des dortoirs bien fermés par des volets à toutes les fenêtres. Mais j’ai encore dans les oreilles les exclamations des camarades : “ Tu as vu ? Moi, je lisais le journal en plein minuit. C’était rouge, le ciel était rouge, rouge, rouge ! ”
« Le 13 mars suivant, les troupes allemandes envahissaient l’Autriche. Hitler commençait ainsi sa conquête de l’Europe poussé par Staline. Pour les aveugles, l’Anschluss était la paix sauvée. Pour Lucie, la voyante de Fatima, c’était le commencement de la guerre horrible, horrible, que Dieu avait décrétée pour punir le monde de ses crimes. »
« ... par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et contre le Saint-Père. »
« Nul ne peut prétendre que cette punition des crimes de la terre par le moyen de la guerre soit levée aujourd’hui. Et pas davantage la famine qui n’a cessé, après les ravages de la guerre mondiale, de frapper les peuples engagés dans d’autres guerres et d’autres révolutions ; elle dure en bien des peuples, elle menace de saisir des continents entiers à la moindre suspension de l’aide massive des pays riches aux peuples de la faim. »
Quant aux persécutions, elles furent sanglantes en Russie, au Mexique, en Espagne, dès le règne de Pie XI. « Seules les persécutions annoncées contre le Saint-Père ne sont pas encore arrivées. » (CRC n° 279, p. 6)
LA RUSSIE... POURQUOI LA RUSSIE?
« Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la Communion réparatrice des premiers samedis. »
« Stupéfiante entrée de la Russie dès ce 13 juillet 1917 – le fait, la date, les paroles sont incontestables – dans les affaires de Dieu. » À un moment où « nul au monde ne prévoit le succès de sa révolution imminente, et cependant, dès octobre suivant ce 13 juillet 1917, elle balaie tous les obstacles. Elle se fera une terrible persécutrice de la religion comme aussi de tout bien humain. »
La Vierge Marie viendra, comme Elle l’avait dit : en 1925 à Pontevedra et, en 1929 à Tuy, où seront apportées les précisions aux conditions du salut encore possible.
« Dès lors, la Russie est au centre de cette alliance conditionnelle de Jésus-Dieu avec le monde qu’il veut sauver. » Elle est le pays cher au Cœur Immaculé de Marie et au Cœur Sacré de Jésus qui en demandent la consécration !
« Mais, qu’on le remarque bien, en 1929 comme déjà en 1917, la consécration de la Russie pour empêcher qu’elle soit le moyen du châtiment de l’humanité, est mise en conjonction nécessaire avec l’œuvre de pure dévotion et charité réparatrice des premiers samedis du mois, l’une et l’autre demande ayant pour intention la gloire et la consolation, la louange et l’amour du Cœur Immaculé de Marie établis dans le monde entier. »
« Si on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix. »
« D’entendre cela de la bouche même de la Sainte Vierge, quelle grâce ! Quelle force de séduction dans cet appel maternel à écouter et à bien faire ce qui est demandé. » (CRC n° 369, p. 5)
Néanmoins, ces requêtes de l’Immaculée Mère de Dieu ne sont pas encore satisfaites !
« Sinon la Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. Plusieurs nations seront anéanties. »
De fait, à partir des années 1930, des guerres n’ont « cessé de ravager les peuples, allumées, entretenues, excitées par la Russie, guerre froide ou guerre totale, dévorante, guerre européenne puis guerres coloniales, guerres subversives, de classes, de races, de religions... »
Quant aux persécutions contre l’Église, elles prirent une telle ampleur que l’exposition missionnaire de Lourdes, en 1961, les évoquait en ces termes : « Durant les premiers siècles de notre ère, 300 000 chrétiens furent martyrisés. Aujourd’hui, de Berlin à Shanghaï, de la Sibérie au Tonkin, 90 000 000 de catholiques sont persécutés pour notre foi. »
Quant aux souffrances du Saint-Père, c’est le troisième Secret qui nous les révélera...
L’ASSURANCE DE LA VICTOIRE.
« À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira et il sera donné au monde un certain temps de paix. »
« Cette fin logique sera-t-elle anticipée par une décision soudaine du Pape et des évêques de faire ce que Dieu veut ? Faut-il lire : à la fin, quand le Pape en aura assez de ces affreux carnages et de cette damnation universelle ? Certainement non ! Pareil salut ne viendra pas de l’homme, mais de notre Médiatrice. Certes, ce sera après que le Saint-Père aura eu beaucoup à souffrir, selon ce que Jacinthe a vu. Il faudra que le démon ait reçu la liberté d’atteindre le Pape en sa propre cité, en son âme, en sa chair, tel le saint homme Job, pour qu’en fils égaré, frappé du malheur et lui-même combattu, affamé, persécuté, il revienne sincèrement à son Dieu, à Marie, à la face du monde étonné.
« Mais il y faudra d’abord et surtout une lassitude de Dieu, une compassion de Jésus-Christ, une grâce de l’Esprit-Saint d’amour créateur, à la prière du Cœur Immaculé de Marie, sainte Colombe de la paix. Donc, à la question : Enfin Dieu aura pitié de qui ? la vraie réponse est celle-ci : De l’Immaculée Conception, et, à cause d’Elle, il sauvera le monde.
« Comment ? En bon catholique, il le sauvera par le Pape, son Vicaire, son fils, et voici comment je traduis ce message merveilleux, dans une fidélité profonde à sa prophétie : “ Enfin, mon Cœur Immaculé, dit la Sainte Vierge, triomphera (du) Saint-Père (qui) me consacrera la Russie... ” »
La conversion de la Russie « sera attendue avec une immense curiosité depuis le jour où le Pape aura procédé à la consécration demandée par Marie, et cela au vu et au su de l’univers entier. Tous verront le miracle et tous le comprendront !
« Ce sera l’œuvre immédiate et miraculeuse de la seule Vierge Marie dans la toute-puissance de son Cœur Immaculé. C’est vers Elle que monteront les applaudissements, les actions de grâces, les louanges, dans un immense élan de dévotion, d’expiation, de contrition et de conversion de toute la terre. » (CRC n° 279, p. 6)
Enfin, voici une dernière promesse :
« Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi, etc. »
C’est dire que, partout ailleurs, il se perdra. Même à Rome ? Assurément !
Si le Portugal a été particulièrement privilégié, demeurant en dehors du conflit pendant la Seconde Guerre mondiale, nous y reviendrons, et si on y conserve encore la foi, c’est parce que ses évêques, à la différence des Pontifes romains, ont répondu aux demandes de Notre-Dame : ils ont solennellement consacré leur nation au Cœur Immaculé de Marie, en 1931, et ils y ont répandu la dévotion du saint Rosaire.
Or, sœur Lucie a souvent rappelé que le chapelet, en nos « temps de désorientation diabolique », était un « puissant moyen pour aider les âmes à conserver la foi ».
On retrouve cette pensée chez tous les saints qui ont vu venir et annoncé la grande apostasie de la fin des temps. Ainsi, Mgr Sarto, le futur pape saint Pie X, écrivait à ses diocésains : « La caractéristique de notre temps est l’indocilité de l’esprit qui vise à la destruction des dogmes, et la corruption du cœur qui entraîne la subversion de la morale chrétienne. Or, il n’y a pas d’autre moyen pour la défense de la foi et des mœurs que de méditer les mystères proposés par le saint Rosaire. » En effet, « si le monde a oublié jusqu’aux traces de la vertu, à contempler les exemples admirables que propose le Rosaire nous combattrons mieux en nous-mêmes les passions désordonnées, nous exciterons dans nos âmes, avec le sincère regret du péché, la foi vive, la consolante espérance et nous donnerons leur essor à toutes les autres vertus. » (Toute la vérité sur Fatima, t. 4, p. 158)
NOTRE ACTUALITÉ EN PARABOLE
Sœur Lucie écrivit la troisième partie du Secret le 3 janvier 1944, après avoir joui, la veille, d’une apparition de Notre-Dame qui lui confirma l’ordre de son évêque, Mgr da Silva, et qui lui donna la force et les lumières nécessaires pour le rédiger.
LE FILM DE NOTRE TERRIFIANT AUJOURD’HUI.
« Après les deux parties que j’ai déjà exposées, nous vîmes à gauche de Notre-Dame, un peu plus haut, un Ange avec une épée de feu à la main gauche ; elle scintillait, émettait des flammes qui paraissaient devoir incendier le monde... »
« La vision de l’enfer, écrit notre Père, nous a appris ce qu’est le feu du diable. Cette dernière vision nous apprend que les anges du Ciel ont reçu, eux aussi, des épées de feu non seulement pour défendre, par exemple l’entrée du paradis terrestre (Gn 3, 24), mais aussi pour exercer les châtiments décrétés par Dieu.
« Loin de nous évader dans “ l’intemporel ”, nous voilà rejoints par l’angoisse qui est la nôtre depuis la lumière inconnue de 1938, et qui ne nous a plus jamais quittés, sachant que nous n’avons toujours pas obéi aux demandes de la Sainte Vierge.
« La lumière de nature inconnue qui paraissait devoir incendier le monde, dans la nuit du 25 au 26 janvier 1938, n’était que le scintillement de l’épée de feu que l’Ange tenait de sa main gauche.
« À lire ce texte, qui n’est point de grec ni d’hébreu, tout le monde comprend que cet Ange, placé à gauche de Notre-Dame, n’a qu’un geste à faire pour que le monde brûle. » (CRC n° 369, août 2000, p. 7)
Dans son Commentaire du Secret, publié lors de sa divulgation, le cardinal Ratzinger prétendit qu’il ne concernait qu’une époque révolue : « Avant tout, nous devons affirmer avec le cardinal Sodano : “ Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du Secret de Fatima semblent (!) désormais (!) appartenir au passé. ” Dans la mesure où des événements particuliers sont représentés, ils appartiennent désormais au passé. »
Notre Père lui répondit : « Il faut être frappé d’aveuglement pour ne pas voir dans la vision inaugurale du troisième Secret, le film de notre terrifiant aujourd’hui. Les flammes émises par l’épée de feu de l’Ange ne sont-elles pas ces guerres qui, d’un pôle du monde à l’autre, se propagent en Afrique, aux Balkans, au Proche-Orient, menaçant d’embraser tout l’univers ? »
QUAND L’IMMACULÉE PROTÈGE SES ENFANTS...
Cependant, le remède est devant nous : ces flammes « s’éteignaient au contact de l’éclat que, de sa main droite, Notre-Dame faisait jaillir vers lui ».
La vision exprime avec force la Médiation de la Vierge Marie qui, à la rue du Bac, rappelons-le, s’est manifestée avec des rayons jaillissant de ses mains. L’Immaculée rayonne la lumière et la force de Dieu.
Dans la théophanie grandiose du livre d’Habacuc, un verset s’applique à la lettre à notre vision : « Son éclat est pareil aux jours, des rayons jaillissent de ses mains, c’est là que se cache sa force. » (Ha 3, 4)
L’Immaculée, Corédemptrice et Médiatrice, intervient pour arrêter l’incendie menaçant de la guerre, quand ses enfants ont recours à Elle.
Ainsi a-t-elle protégé le Portugal qui est demeuré un îlot de paix durant la Seconde Guerre mondiale parce qu’il avait été solennellement consacré à son Cœur Immaculé le 13 mai 1931. « On ne peut douter, disait publiquement le cardinal Cerejeira, que ce fut grâce à l’intercession du Cœur Immaculé de Notre-Dame qu’il a plu à la Providence de nous préserver de la guerre, pour laquelle les forces allemandes d’invasion étaient préparées sur la frontière franco-espagnole. »
On se rappelle les ardentes prières du président Salazar en ces heures dramatiques. C’était en décembre 1940. « Quand Hitler, écrit le Père Fernando Leite, fit connaître le jour de l’invasion du Portugal, notre chef du gouvernement passa la nuit entière à téléphoner au généralissime Franco afin de le convaincre d’interdire aux troupes allemandes de traverser l’Espagne. En même temps, il récitait sans cesse le chapelet. Salazar passa la nuit avec une main au téléphone et l’autre avec son chapelet. Et le miracle se produisit. Ne sera-t-il donc pas permis d’affirmer que nous fûmes sauvés par le chapelet ? »
La protection maternelle de la Vierge
Marie a été manifeste lors de “ l’Échéance 1983 ”, c’est-à-dire au début des années 1980, lorsque l’Europe de l’Ouest se trouva sous la terrible menace d’une invasion militaire soviétique. En effet, la supériorité des armées du pacte de Varsovie sur celles de l’Otan était alors écrasante. Face aux trois cent trente-trois missiles SS-20 conçus par les Soviétiques comme une force de frappe nucléaire pour anéantir mille centres d’importance stratégique en Europe, les fusées américaines nucléaires eurostratégiques ne devaient être déployées dans les pays de l’Otan qu’à la fin de l’année 1983. Donc la “ fenêtre de vulnérabilité ”, définie par le président Reagan dans son discours du 2 octobre 1981, devait être à son point de plus grande ouverture en 1983.
Notre Père révéla le danger au cours de grandes réunions publiques à la mutualité, en engageant ses amis dans une Croisade de prières.
« Beaucoup d’entre eux, racontera-t-il ensuite, prirent très au sérieux mon annonce de l’Échéance 83, et en conclurent à l’urgence de prier, surtout de prier en famille, de réciter le chapelet ensemble le soir, de porter la Médaille miraculeuse, de recevoir le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel. »
C’est pourquoi notre Père pourra affirmer : « L’Échéance 83, pour moi, a été détournée par le chapelet de vos enfants. »
« CE QUI NOUS MANQUE, C’EST L’HUMILITÉ DE PIERRE. »
Désarmé par l’Immaculée, au lieu d’incendier le monde, « l’Ange désignant la terre de sa main droite, dit d’une voix forte : “ Pénitence, pénitence, pénitence ! ” »
Le commentaire de frère Bruno est tout inspiré du symbolisme biblique :
« Au chapitre 8 du livre de l’Apocalypse, saint Jean voit et entend “ un Aigle volant au zénith et criant d’une voix puissante : “ Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre. ” (Ap 8, 13) La terre désigne la Palestine, la Terre sainte, et elle est une figure de l’Église.
« Cependant, ce n’est pas le “ malheur ” qui est annoncé à la terre, c’est-à-dire à l’Église, et à la mer, c’est-à-dire au monde, mais une grâce, moyennant la “ pénitence ”. » (Apocalypse de la Vierge, CRC n° 368, juillet 2000, p. 19)
L’Ange du Secret actualise ainsi les avertissements de Notre-Seigneur : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous. » (Lc 13, 3) Mais, en même temps, Jésus s’interposait entre le feu et les pécheurs en “ proclamant une année de grâce du Seigneur ” (Lc 4, 19).
Assurément, Notre-Seigneur veut notre conversion, conformément à ce qu’il a révélé à sœur Lucie, en 1943 : « Le sacrifice qu’exige de chacun l’accomplissement de son propre devoir, et l’observance de ma loi, voilà la pénitence que je demande et que j’exige maintenant. »
Certes, les papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont pris connaissance du troisième Secret, mais ils ont négligé son pressant appel à la conversion : ils ont obstinément refusé d’accomplir le premier et le plus important des devoirs de leur charge, à savoir d’enseigner les vérités dogmatiques en condamnant les erreurs qui ravagent l’Église depuis la Réforme décrétée au concile Vatican II. Et cela parce qu’eux-mêmes se sont fourvoyés dans l’hérésie.
C’est pourquoi sœur Lucie écrivait en 1989 : « Ce qui nous manque, c’est l’humilité de Pierre qui reconnut ses fautes, les pleura et demanda pardon. Voici la pénitence que Dieu veut et nous demande : que nous reconnaissions nos propres péchés avec humilité, que nous en demandions pardon et que nous changions de vie. » (Archives Petits frères du Sacré-Cœur)
UN ÉVÊQUE VÊTU DE BLANC...
L’énigme centrale du troisième Secret de Fatima se situe après le triple appel de l’Ange à la pénitence. La vision se poursuit avec un changement de décor :
« Et nous vîmes, dans une lumière immense qui est Dieu, “ quelque chose de semblable à l’image que renvoie un miroir quand une personne passe devant ” : un Évêque vêtu de Blanc. Nous eûmes le pressentiment que c’était le Saint-Père. »
« La lumière qui est Dieu, commente notre Père, a révélé son Nom à Moïse, dans l’Ancien Testament : yhwh, je suis. Dans cette lumière se reflète comme dans un miroir le cours de l’histoire passée, présente et à venir, dans un éternel présent. »
Un évêque est ordinairement vêtu de violet, ou de pourpre s’il est cardinal. Ici, il est vêtu de Blanc, parce qu’il est Pape.
Le 13 mai 2000, à Fatima, lors de la béatification de François et de Jacinthe, Jean-Paul II voulut imposer l’idée qu’il était lui-même l’Évêque vêtu de Blanc qui, dans le Secret, est tué. Pour cela, le cardinal Sodano, secrétaire d’État, déforma et tronqua la vision centrale du Secret afin de la faire coïncider avec l’attentat du 13 mai 1981 : « Le Saint-Père, dit le cardinal Sodano, tombe à terre, comme (sic) mort, sous les coups d’une arme à feu. »
Or, le troisième Secret, dont le texte authentique sera publié le mois suivant, annonçait autre chose : « L’évêque vêtu de Blanc est tué... »
Assurément, Jean-Paul II n’a pas été tué le 13 mai 1981. Cet attentat ne répond donc pas à la vision prophétique du 13 juillet 1917.
Pour identifier le Pape du Secret, ou du moins pour identifier son figuratif afin de ne pas préjuger de l’avenir, il faut se rappeler que Notre-Dame reste présente pendant cette vision. Donc il s’agit d’un Pontife qui est le chéri de son Cœur, et qui occupe ses pensées. De plus, dans la lumière immense qui est Dieu, il est apparu comme un corps glorieux, un Vivant, un Saint.
Si bien que cet Évêque vêtu de Blanc ne peut pas être un des Papes qui ont fait “ peu de cas ” du message de Fatima, tels Pie XI et Pie XII, et encore moins ceux qui l’ont dédaigné et méprisé, tels Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II, ces derniers Papes, que l’abbé de Nantes n’hésitait pas à déclarer « maudits de Dieu ».
ALBINO LUCIANI, BLANCHE LUMIÈRE...
Tout donne à penser que ce mystérieux Pontife était le pape Jean-Paul Ier, successeur de Paul VI, élu sur le siège de Pierre le 26 août 1978, seul Pape du vingtième siècle animé d’une vraie dévotion à Notre-Dame de Fatima, au point de vouloir satisfaire ses requêtes.
« Nous eûmes le “ pressentiment ” que c’était “ le Saint-Père ” ! L’expression de sœur Lucie est chargée de toute la fervente dévotion dont l’Église a enveloppé Jean-Paul Ier, le “ Pape du sourire ”, pendant les trente-trois jours de son pontificat. “ Un autre saint Pie X qui s’ignore ”, annonçait joyeusement l’abbé de Nantes en septembre 1978, avant de pleurer, le mois suivant, “ le saint que Dieu nous a donné ”, dans des termes que l’on dirait inspirés du Secret : “ Albino Luciani, cela veut dire blanche lumière, splendeur lunaire qui brille dans la nuit et l’éclaire d’une beauté qu’elle doit toute au soleil dont elle est le reflet. Telle fut l’humilité de celui qui avouait n’être pas la lumière mais vouloir n’en être près de nous que le miroir. ” »
Les trois pastoureaux le virent semblable à l’image que renvoie un miroir quand une personne passe devant. Ces mots expriment bien la brièveté d’un pontificat de trente-trois jours. Il n’a donc fait que passer...
Frère Bruno écrit : « La vision raconte sa “ Pâque ”, selon l’expression biblique qui traduit l’action de passer, en hébreu pè°a§, Pâque. »
On se souvient que Jean-Paul Ier, un an avant d’être élu sur le siège de Pierre, avait rencontré sœur Lucie au carmel de Coïmbre. Au cours de leur long entretien, sœur Lucie lui a certainement prophétisé qu’il deviendrait Pape, en lui révélant également sa vocation de victime (Toute la vérité sur Fatima, tome 4 : Jean-Paul Ier, le Pape du Secret, éd. CRC, p. 305-322).
C’est pourquoi, dès son élection, Jean-Paul Ier était convaincu que son pontificat serait bref.
DANS UNE GRANDE VILLE À MOITIÉ EN RUINE.
« Plusieurs autres évêques, prêtres, religieux et religieuses gravissaient une montagne escarpée, au sommet de laquelle était une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne-liège avec l’écorce ; le Saint-Père, avant d’y arriver, traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de douleur et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin. »
Suivons notre frère Bruno dans son commentaire exégétique : « Selon le livre de l’Apocalypse, une grande ville en ruine et remplie de cadavres évoque la Rome de Néron, châtiée pour son double crime d’idolâtrie (Ap 17, 4) et de meurtre (Ap 17, 6).
« Dans la vision de Fatima, la grande ville traversée par le Pape est la Rome chrétienne, figure de l’Église ruinée par la réforme conciliaire. » (CRC n° 368, p. 23 et no 369, p. 12)
La présence de cadavres gisant sur le chemin est, comme dans l’Ancien Testament, le signe du châtiment divin : « La colère de Yahweh s’est enflammée contre son peuple : il a levé la main pour le frapper ; les montages ont frémi, et leurs cadavres sont comme de la fange au milieu des rues. Mais sa colère n’est pas calmée, sa main reste levée. » (Is 5, 25)
« Les cadavres, remarque frère Bruno, sont ceux dont saint Jean écrit à l’Église de Sardes : “ Je connais ta conduite : tu passes pour vivant, mais tu es mort. ” (Ap 3, 1) »
Il faut souligner la convergence de la vision avec les analyses du théologien de la Contre-Réforme catholique.
En 1969, l’abbé de Nantes écrivait : « “ Jam fœtet, Il sent déjà ”, comme Lazare après trois jours. Au bout de trois ans de Réforme, l’Église de Vatican II sent déjà. C’est la décomposition, c’est l’autodémolition de la religion par ses propres ministres. L’odeur de pourriture remonte jusqu’à Rome : “ L’Église, peu à peu, en vient à se frapper elle-même, avouait Paul VI le 8 décembre 1968. C’est comme un bouleversement intérieur, aigu et complexe, que personne n’aurait pu prévoir après le Concile... ” » (CRC n° 16, p. 6)
« Si ! c’était prévisible, c’était même fatal », commentait notre Père. Lui, en tout cas, l’avait prévu. Et le Secret de Fatima confirme qu’il avait raison.
Au milieu des ruines, parmi des cadavres, Jean-Paul Ier avançait à moitié tremblant, d’un pas vacillant, conformément à la vision, dans la mesure où il prétendait accepter l’héritage de Vatican II. Il n’était pas un maître ni un docteur ayant conçu une vaste synthèse permettant d’opposer aux erreurs modernes un corps de doctrine catholique renouvelé.
LE PAPE CATÉCHISTE.
Cependant, Jean-Paul Ier manifestait un charisme extraordinaire pour toucher les cœurs des fidèles. « Comme il prêche bien ! On comprend tout », s’exclamait une femme du peuple en l’écoutant.
Lors de ses trois audiences publiques, il donna un enseignement très évangélique sur la foi, l’espérance et la charité.
Sa prédication du 20 septembre 1978 révéla sa joie intime de se savoir « emporté dans une destinée de salut qui débouchera un jour sur le Paradis. Le vrai alleluia, nous le chanterons au Paradis, disait-il. Ce sera l’alleluia de l’amour plénier. Ici-bas, nous chantons l’alleluia de l’amour encore inassouvi, l’alleluia de l’espérance. »
Le 27 septembre, il parla de la troisième vertu théologale, toujours avec la même joyeuse simplicité :
« En somme, aimer veut dire voyager, courir avec son cœur vers l’objet aimé. L’Imitation de Jésus-Christ dit : “ Celui qui aime court, vole, déborde de joie. ” Aimer Dieu, c’est donc voyager avec le cœur vers Dieu. C’est un très beau voyage. Quand j’étais enfant, je m’extasiais devant les voyages décrits par Jules Verne : Vingt mille lieues sous les mers, De la Terre à la Lune, le Tour du monde en quatre-vingts jours, etc. Mais les voyages de l’amour de Dieu sont beaucoup plus intéressants. On en trouve le récit dans les vies de saints. Saint Vincent de Paul, par exemple, dont nous célébrons aujourd’hui la fête, est un géant de la charité. Il a aimé Dieu comme on n’aime pas un père et une mère. Il a été lui-même un père pour les prisonniers, les malades, les orphelins et les pauvres.
« Ce voyage comporte aussi des sacrifices, mais ceux-ci ne doivent pas nous arrêter. Jésus est en croix. Veux-tu l’embrasser ? Tu ne peux alors faire moins que de te pencher sur la croix, te laisser piquer par une épine de la couronne qui est sur sa tête (cf. saint François de Sales, Œuvres, t. 21, p. 153). Tu ne peux faire comme ce bon saint Pierre, qui criait bravement : “ Vive Jésus ! ” sur le mont Thabor, où était la joie, mais qui ne s’est pas montré auprès de Jésus au Calvaire, où étaient le risque et la souffrance (cf.t. 15, p. 140). »
Dans le troisième Secret, la grande croix, dressée au sommet de la montagne escarpée, évoque le mont Calvaire.
Certes, Jean-Paul Ier s’est trouvé affligé de douleur et de peine, comme l’Évêque vêtu de Blanc dans la vision du Secret.
Le lendemain de son élection, Mgr Martin, préfet de la Maison pontificale, lui rendit visite. Le Pape était en train de réciter pieusement son chapelet. Après son audience, Mgr Martin nota dans son journal : « Jean-Paul Ier n’est pas dupe des acclamations populaires. Il rappelle celles qui accueillirent Pie IX en 1846 : “ Et puis vinrent les croix ! Pour moi les premières sont déjà venues ”. » (Toute la vérité sur Fatima, t. 4, p. 331)
Jean-Paul Ier fit pareillement confidence à son vicaire général pour la Cité du Vatican : « Voyez-vous, Monseigneur, je souris toujours mais, croyez-moi, à l’intérieur, je souffre. »
On peut discerner son testament dans son premier message aux catholiques du monde entier, le 27 août 1978 : « L’Évangile appelle tous ses fils à mettre leurs propres forces et leur vie elle-même, au service des frères, au nom de l’amour du Christ : “ Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. ” (Jn 15, 13) »
VERS UNE CONFRONTATION MORTELLE.
Selon le Secret de Fatima, « parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui lui tirèrent plusieurs coups et des flèches ».
Le sens biblique et symbolique des flèches, dans le complot des méchants contre le serviteur de Dieu, ce sont les propos malveillants des faux frères.
Jean-Paul Ier subissait les attaques des journalistes railleurs et les critiques acerbes des théologiens modernistes qui se sentaient désormais menacés.
Notre Père comprit très vite l’imminence du drame : ce serait « le grand affrontement entre ceux qui ont la foi et ceux qui la pervertissent, entre ceux qui bâtissent l’Église et ceux qui la détruisent, entre les hommes de Dieu et les mercenaires de Satan, car il y en a » (CRC n° 134, p. 3).
Plusieurs paraboles de Jean-Paul Ier « annonçaient la polémique future comme les allégories terriblement claires du Christ à Jérusalem, qui faisaient grincer des dents les scribes et les pharisiens, parce qu’ils s’y voyaient découverts, et leur donnaient envie de le tuer. La sublime petite parabole du portefaix de Milan enseigne apparemment le recueillement religieux, le culte de Dieu jusqu’au milieu du brouhaha des grandes villes. Mais le disciple intime, l’ennemi aussi que sa haine rend lucide y entendaient un appel au mépris du monde et de ses exigences abusives, car Dieu en tout doit être le seul maître de son Église. »
Le 23 septembre, dans son homélie prononcée en la basilique Saint-Jean-de-Latran, Jean-Paul Ier annonça qu’il remplirait les devoirs de sa charge, comme il l’avait toujours fait :
« À Rome, je me mettrai à l’école de saint Grégoire le Grand, qui a écrit : “ Que le pasteur soit proche de tous ses fidèles avec compassion. Oubliant son rang, qu’il se considère comme l’égal de ses bons fidèles, mais qu’il ne craigne pas d’exercer contre les mauvais les droits de son autorité. ” »
Et notre Père de commenter : « Paroles longuement méditées, qu’on ne s’y trompe pas. Elles annonçaient aux bons une exceptionnelle saison de douce charité, de compréhension chaleureuse et de simplicité dans l’accueil du Pape, renouvelée des temps patristiques sous l’influence aisément décelable de Rosmini. Aux méchants, eh oui ! il y a des méchants auxquels il faut accorder la charité de soins plus rudes. Aux méchants donc, l’imposition par voie d’autorité du respect de la foi et de la loi divine, aidée, si besoin est, de la menace des sanctions ecclésiastiques. »
Jean-Paul Ier, très informé des malversations financières et des escroqueries du Vatican, était résolu à opérer, au sein de la curie, des démissions forcées, des déplacements libérateurs et d’honnêtes nominations. Il voulait renvoyer non seulement Marcinkus, l’homme d’affaires de Paul VI, mais toute sa maffia, et ainsi couper les ponts avec le groupe de la Banco Ambrosiano de Michele Sindona et de Roberto Calvi.
Par ailleurs, le Pape se trouvait en conflit avec de hauts prélats de la curie. Le cardinal Sebastiano Baggio contestait ses choix et ses décisions pour les nominations de nouveaux évêques à plusieurs sièges diocésains, dont celui du patriarcat de Venise.
Voici le témoignage de don Licio Boldrin, prêtre vénitien :
« En 1981, j’ai rencontré le cardinal Casaroli devant l’église de la piazza del Gesù. Nous avons parlé du pape Luciani : “ Un jour, confia le cardinal Casaroli, je me suis permis de lui déclarer : Sainteté, tâchez de suivre les indications de la Congrégation pour les nominations d’évêques. Ainsi, on ne critiquera pas le Pape. Il m’a pris la main et m’a dit : Excellence, ne parlez pas de la sorte, car s’il fallait prendre garde à ceux qui médisent, je devrais vous éloigner immédiatement d’ici. » (Toute la vérité sur Fatima, t. 4, p. 354)
LE PAPE DE L’HOLOCAUSTE.
Sœur Vincenza a assisté à une scène à peine croyable qui permet d’entrevoir les pressions et les menaces que Jean-Paul Ier a dû subir de la part de certains prélats.
« Au Vatican, raconte-t-elle, j’avais l’habitude de faire le ménage dans le salon vers 8 heures, car il n’y avait personne à cette heure-là. M’y rendant un matin, comme d’habitude, je m’aperçus trop tard de la présence du Saint-Père. Or, il se trouvait dans une attitude révélant sa profonde affliction, avec à ses côtés son secrétaire. Je présentai des excuses et je me retirai en hâte. Toutefois, j’eus le temps d’entendre le secrétaire qui lui disait : “ Sainteté, c’est vous qui êtes Pierre ! C’est vous qui détenez l’autorité ! Ne vous laissez pas intimider... ” Cette phrase en dit long. »
« Pauvre Saint-Père ! »... comme disait la bienheureuse Jacinthe qui était vraiment prophète.
Ce fut le jeudi 28 septembre 1978 que Jean-Paul Ier opéra son coup de majesté contre Mgr Marcinkus et les cardinaux Villot et Baggio. Le lendemain matin, à 4 h 45, sœur Vincenza le trouva mort dans son cabinet de toilette et courut prévenir son secrétaire particulier.
L’abbé de Nantes suspecta très rapidement un assassinat. En effet, ce qu’il apprit personnellement des circonstances de son trépas, était pour le moins troublant : « Pourquoi, dans sa salle de bain, le Pape serrait-il encore dans son poing fermé, à ne pas pouvoir les lui arracher, les papiers de ses nominations épiscopales et patriarcale ? et pourquoi ce visage horriblement contracté que des masseurs aussitôt prévenus travailleront longtemps à réformer ? » (CRC n° 136, déc. 1978, p. 10)
En 1979, notre Père recueillit « le témoignage d’une personnalité romaine, précis, explicite sur la cause du trépas de Jean-Paul Ier ». Selon cette source, le Pape avait été empoisonné par une dose mortelle de digitaline qu’il avait avalée en croyant prendre son remède habituel. Voilà pourquoi dans sa conférence du 24 novembre 1979, l’abbé de Nantes évoqua la main criminelle qui « versa une triple dose de digitaline le 28 septembre 1978 » (CRC n° 148, déc. 1979, p. 3).
La remarquable et implacable démonstration que le journaliste anglais David Yallop publia dans son livre Au nom de Dieu, en 1984, confirma la vérité de tout ce que notre Père avait appris et supputé.
Après trois ans d’enquête secrète, David Yallop, dont l’information était « en mille points vérifiable », dévoilait les raisons et les circonstances précises de l’assassinat de Jean-Paul Ier par empoisonnement : « Cet investigateur chevronné en dénonce les six commanditaires présumés, les auteurs, d’ailleurs parfaitement solidaires dans un tissu d’autres crimes financiers ou crapuleux, antérieurs et postérieurs... Il en détermine les mobiles, puis il reconstitue minutieusement, de manière hallucinante, les agissements du cardinal Jean Villot, secrétaire d’État, dans les douze heures qui suivirent le crime, pour le maquiller en mort naturelle. » (CRC n° 202, juillet 1984, p. 1)
L’abbé Jesus Lopez Saez, prêtre espagnol, licencié en théologie de l’université grégorienne de Rome, a repris, poursuivi et complété l’enquête de l’investigateur anglais. En 1991, il écrivait : « En somme, nombreuses sont les données (faits, indices, signes) qui mènent à cette conclusion : mort provoquée au “ moment opportun ”.
« Aujourd’hui, si on veut connaître la vérité sur le trépas de Jean-Paul Ier, il existe suffisamment de données qu’aucun juge au monde ne mépriserait et qui, de surcroît, sont du domaine public.
« Le Vatican a dit mensonge sur mensonge : “ Mensonges sur de petites choses, mensonges sur de grandes choses. Tous ces mensonges n’avaient qu’un but : déguiser le fait qu’Albino Luciani était mort assassiné. ” » (Se pedira cuenta, éd. Origenes, p. 12-15 et 124)
Sœur Lucie connaissait les circonstances tragiques de son trépas. Un an avant la publication du troisième Secret, son neveu, le Père José Valinho, me confia : « Sœur Lucie m’a dit que la mort du pape Jean-Paul Ier est mystérieuse. » Et pour bien m’éclairer sur la pensée de sa tante, il ajouta : « De fait, on a refusé de pratiquer une autopsie. »
De surcroît, madame Maria das Dores Pestana, qui accompagnait sa mère lors de ses parloirs avec la sainte carmélite, m’a déclaré le 19 février 2003 : « Sœur Lucie est convaincue que Jean-Paul Ier a été assassiné. »
Ainsi, avant la publication du troisième Secret, sœur Lucie parlait de « mort mystérieuse ». Tenue par le secret, elle ne pouvait en dire davantage. Trois ans plus tard, le Secret publié, elle pouvait dire la vérité, d’abord contemplée dans la vision du 13 juillet 1917, ensuite annoncée lors du parloir avec le cardinal Luciani en 1977, enfin accomplie dans la nuit du 28 au 29 septembre 1978 : il a été tué.
Tout ce que nous savons des dispositions intimes de Jean-Paul Ier s’accorde avec la leçon du Secret : sa mort fut un sacrifice rédempteur, le sacrifice du bon Pasteur donnant sa vie pour ses brebis, à l’imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi, Prêtre et Victime pour le salut du monde.
CONSOMPTION DE L’ÉGLISE.
Le tableau suivant du Secret nous laisse sur l’effrayante vision d’une consomption de l’Église :
« ... et de la même manière moururent les uns après les autres les Évêques, Prêtres, religieux et religieuses et divers laïcs, des messieurs et des dames de rangs et de conditions différentes ».
Aujourd’hui, ce n’est plus un “ secret ”, ni même une prophétie : depuis la réforme décrétée au concile Vatican II, c’est la constatation d’une situation évidente. Le clergé tant régulier que séculier s’amenuise chaque jour.
« On a longtemps prétendu gagner en qualité ce que l’on perdait en nombre. Puis on a dissimulé les pertes, les reculs, les abandons, par des organisations, rationalisations, restructurations et promotions du laïcat. Ces mensonges divertirent l’attention des princes de l’Église de l’implacable extension du désert et de la mort totale de régions naguère luxuriantes. Maintenant, l’impossible est là, inexorable. Les monastères ferment, les prêtres meurent, les paroisses se regroupent, le peuple est abandonné. Il y a pire : moins nourries, moins assistées, les âmes se vident de leur substance spirituelle. » (CRC n° 310, février - mars 1995, p. 34)
Faut-il donner des chiffres ? En vingt ans, de 1980 à 2000, le nombre des religieux profès non prêtres a diminué dans le monde d’un tiers. En Pologne, durant cette même période, donc pendant le pontificat du Pape polonais, le nombre de baptêmes a diminué de moitié.
La cause de cette consomption de l’Église, nous la connaissons grâce aux analyses et aux démonstrations du théologien de la Contre-Réforme catholique.
Au lendemain de sa démarche romaine du 13 mai 1993, contre le Catéchisme de l’Église catholique, rédigé sous la direction du cardinal Ratzinger, et publié par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1992, notre Père écrivait :
« Je dois à la Vérité de dire ce que montre clairement notre Livre d’accusation. À savoir que, dans cette apostasie générale et universelle dont ce CEC est l’instrument et la preuve, l’invincible nécessité de la nature confortée par l’infaillible Volonté du Dieu Tout-Puissant qui ne peut manquer à la sainteté de Justice et de Miséricorde qui est la substance même de sa Gloire, donc inviolable, tout, hommes et nations, absolument tout ce qui adhère aujourd’hui à la foi, à la loi, à l’Esprit, à la dérive gnostique de ce Catéchisme prétendu catholique, périra, tombant du divin en l’humain, du céleste au terrestre et enfin de la prédestination et de la grâce, à la réprobation éternelle. » (CRC n° 292, p. 4)
L’UNIQUE SOURCE DE GRÂCES ?
Cependant, le mystère de la circumincessante charité n’est pas interrompu. C’est toute la révélation de l’ultime tableau du troisième Secret :
« Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un vase de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des Martyrs, et avec lequel ils arrosaient les âmes qui s’approchaient de Dieu. »
Frère Bruno compare ce tableau avec les visions de l’Apocalypse, où l’on voit sept Anges chargés de répandre sur la terre “ les sept coupes de la colère de Dieu ” :
« À Fatima, cette liturgie de la justice se change en liturgie de la miséricorde. Le sang des martyrs n’appelle plus à la vengeance comme dans la vision de saint Jean ; il devient plutôt source de grâce et de miséricorde... » (CRC n° 368, p. 27)
Toutefois, le témoignage des confesseurs de la foi n’est plus honoré dans l’Église depuis la réforme conciliaire. Le Père Werenfried van Straaten le constatait, désolé :
« L’histoire de l’Église n’a probablement jamais connu d’époque où les confesseurs et martyrs ont été, comme ceux de notre temps, obstinément et systématiquement négligés ou passés sous silence.
« Cette attitude ne correspond nullement à l’esprit de l’Église.
« Les premiers chrétiens étaient remplis de respect pour leurs frères qui souffraient persécution pour le Christ. Les martyrs furent les tout premiers à être vénérés comme des saints. La sainte Eucharistie fut célébrée sur leurs tombes afin d’exprimer la communion d’esprit unissant chrétiens et martyrs.
« De nos jours, on ne trouve plus guère de trace de cette communion. Bien que, depuis soixante ans, l’Église soit sinistrée par une persécution plus vaste, plus raffinée, plus horrible, plus dangereuse et plus intense que toute autre persécution du passé, le fait de stigmatiser celle-ci est considéré par beaucoup comme un signe d’intolérance. À notre époque, marquée par un pacifisme à sens unique, l’Occident décadent préfère la paix avec les païens et les assassins, plutôt que la paix avec Dieu. C’est pourquoi nous vivons, même dans la grande famille de l’Église catholique, le scandale de voir les enfants de Dieu les meilleurs et les plus éprouvés, reniés et oubliés, ou considérés comme des “ imbéciles ” par leurs propres frères et sœurs, comme le dit Hansjacob Stehle dans son livre sur l’Ostpolitik du Vatican. » (Toute la vérité sur Fatima, t. 4, p. 272)
L’historien André Martin dressait le même constat en citant deux prêtres lituaniens, lesquels écrivaient, le 25 septembre 1974, dans la Chronique de leur Église : « Un jour, le Christ réprimanda le chef des Apôtres, en l’appelant même Satan parce que “ ses pensées n’étaient pas celles de Dieu, mais celles des hommes ” (Mt 16, 23). Le “ Roc ” peut devenir pierre de scandale s’il fuit le Calvaire et s’il refuse de porter sa croix (Mt 16, 24). Dieu peut être trahi au sein même de l’Église lorsqu’on choisit le “ chemin large ”, commode et tranquille (Mt 7, 13). Ce ne sont pas les diplomates en dialogue avec les bourreaux qui sauvent l’Église de Lituanie, mais les martyrs ! »
Si le pape Paul VI et ses successeurs ont manifesté tant d’indifférence à l’égard des martyrs, c’est à cause de leur “ nouvelle pastorale ” privilégiant le « dialogue aimable et fraternel » avec les hommes de toutes les religions, et même avec les athées et les marxistes. Dans sa critique de l’encyclique Ecclesiam suam de Paul VI, notre Père écrivait :
« Les formes anciennes de l’apostolat demandaient dévouement, abnégation, héroïsme, mais elles ont converti des peuples et porté l’Évangile sur toutes les plages, les arrosant du sang des martyrs : Sanguis martyrum semen christianorum.
« “ L’Église en conversation ”, le dialogue, ne risquent pas de nous attirer persécution ni désagrément mais pas davantage ne rapporteront-ils à l’Église dévouements et conversions. » (Lettre à mes amis n° 180 du 20 août 1964)
Cependant, le troisième Secret va au-delà de la vérité immémoriale selon laquelle le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Il répond au drame nouveau dans lequel le monde est entré, à savoir la grande apostasie.
« Le sang des martyrs, remarque frère Bruno, donne lieu à une aspersion des âmes qui s’approchent de Dieu, comme jadis celle des taureaux et des boucs répandue en sacrifice d’expiation pour le péché dans l’Ancien Testament, comme naguère le Précieux Sang de Jésus dans le Nouveau, répandu sur la Croix et dans le calice du Saint-Sacrifice de la messe.
« Déjà la communion donnée aux pastoureaux de Fatima par l’Ange de l’Eucharistie, à l’automne 1916, laissait présager la disparition du ministère sacerdotal. Encore se trouva-t-il entre les mains de cet Ange un calice, une Hostie consacrée d’où découlait le Précieux Sang dans le calice. » (Toute la vérité sur Fatima, t. 4, p. 526)
Dans le troisième Secret, le sang des martyrs paraît être l’unique source de grâces, après la mort de l’Évêque vêtu de Blanc. À la différence de la théophanie de Tuy, du 13 juin 1929, il n’y a, dans cette vision, ni Calice, ni Hostie consacrée. Et le sang des martyrs est recueilli non par un prêtre, mais par deux anges.
Pendant le drame de la consomption de l’Église, l’Évêque vêtu de Blanc demeure dans le Cœur de la Vierge Marie, et c’est lui qu’Elle a voulu nous montrer dans la lumière immense qui est Dieu, passant devant un miroir, comme un corps glorieux. Ainsi a-t-Elle comme ressuscité Jean-Paul Ier parmi nous, le sortant de l’oubli où son successeur l’avait enseveli.
Il faudra qu’un jour l’Église se tourne avec amour vers cet Évêque vêtu de Blanc, martyr de ses frères et, grâce à son sacrifice et par son intercession, elle renaîtra lorsque les demandes de Notre-Dame seront enfin honorées comme les clauses d’une nouvelle alliance, riches de merveilleuses promesses.
« Pour ma part, écrivait notre Père en décembre 2000, je me sens comme délivré, après avoir si longtemps lutté seul. Je m’efface devant celui que l’Immaculée ressuscite pour le salut de l’Église, dont l’avènement est à nos portes : mystères glorieux, à peine esquissés dans le troisième Secret, parce que la seule vision de la victime tuée par ses frères suffit à nous inspirer le pressentiment de sa Résurrection.
« Cette troisième partie du grand Secret est aveuglante de lumière et de gloire parce qu’elle superpose le mystère de la Vierge Corédemptrice à celui de cet Évêque, vêtu de Blanc, mis à mort comme une blanche hostie pour ses frères. Il appartient à chacun d’entre nous de prendre part à ce merveilleux dénouement de la geste de Fatima, sous la mouvance du Saint-Esprit avec un zèle dévorant et un grand amour de l’Église. »
MARTYR POUR LA PURIFICATION DE L’ÉGLISE
L’ouvrage de David Yallop, Au nom de Dieu, traduit en trente langues et vendu à 6 000 000 millions d’exemplaires, a été réédité en français, au mois de mars 2011 sous le titre Le Pape doit mourir (éditions Nouveau monde, 479 pages).
Dans sa nouvelle introduction et sa postface, Yallop réitère ses accusations, en dénonçant les auteurs et les complices de l’assassinat de Jean-Paul Ier. Il confirme la vérité des démonstrations et conclusions de notre Père (cf. Meurtre au Vatican, CRC nos 202 et 203, juillet et août 1984) ainsi que notre propre réfutation de la thèse officielle développée par John Cornwell (cf. Toute la vérité sur Fatima, t. 4, p. 323-398).
« En juin 1985, raconte Yallop, alors que la première édition de poche de mon livre paraissait au Royaume-Uni, je décidai de rendre la tâche du Saint-Siège extrêmement simple en lui faisant la proposition suivante :
« “ Si le Vatican parvient à contredire seulement deux de mes allégations – s’ils peuvent montrer que mes récits concernant l’identité de la personne qui découvrit le corps du Pape et les papiers qu’il tenait alors dans ses mains sont tous les deux faux –, je verserai l’intégralité des droits d’auteur provenant de la vente de mon livre à la recherche contre le cancer. ”
« Près de vingt-six ans plus tard, j’attends toujours la réponse. » (Yallop, Le Pape doit mourir, p. 19-20)
Ainsi, « depuis la première publication de mon ouvrage en 1984, les preuves qu’il contient et les interrogations soulevées n’ont toujours pas pu être réfutées par le Saint-Siège.
« De surcroît, les événements qui ont eu lieu dans le monde, au-delà des murs du Vatican, ont servi de confirmation éclatante à la fois aux faits qui y sont décrits et à mes nombreuses conclusions. » (p. 455)
En effet, Yallop a prouvé qu’il disait vrai en annonçant d’avance la suite... qui est venue ! Les crimes crapuleux et les procédures de justice, pendant les années 1985, 1990 et 2000, c’est-à-dire après la parution de son livre, apportèrent d’indubitables et d’horribles confirmations aux révélations et aux accusations de notre courageux investigateur.
Concernant les dirigeants de la Banque du Vatican, Yallop écrit :
« Dans mon livre, j’accuse l’archevêque Marcinkus d’être impliqué directement et de façon criminelle dans la faillite de la Banco Ambrosiano et dans la disparition de 1, 3 milliard de dollars. Depuis la première publication de ce livre, le Vatican a remboursé deux cent cinquante millions de dollars aux créanciers de l’empire financier ruiné de Calvi. Cet argent a été remboursé... comme compromis diplomatique permettant au Vatican de continuer à nier toute implication dans l’affaire !
« J’ai également accusé Luigi Mennini, directeur général de la Banque du Vatican, de fraudes criminelles. En juillet 1984, un mois après la parution de mon ouvrage, Mennini fut condamné par un tribunal milanais à sept ans de réclusion après avoir été déclaré coupable de fraude et autres chefs d’accusation liés au krach Sindona.
« Le bras de la justice, en revanche, ne parvenait toujours pas à atteindre le président de la Banque du Vatican, l’archevêque Marcinkus bénéficiant de puissants protecteurs, depuis le pape Jean-Paul II jusqu’à certains hauts fonctionnaires du gouvernement américain de l’époque.
« En juin 1984, Jean-Paul II sermonna la Suisse pour son éthique bancaire : “ Le monde de la finance est, lui aussi, un monde d’êtres humains, notre monde, soumis à la conscience de chacun d’entre nous. ”
« Apparemment, l’unique conscience dispensée de respecter cette doctrine aurait donc été celle du pape Jean-Paul II. Lorsque celui-ci prononça ces paroles, de nombreux criminels présumés se réfugiaient dans la Cité du Vatican, comme l’archevêque Paul Marcinkus, Pellegrino de Strobel et Luigi Mennini, tous de hauts dirigeants de la banque pontificale. » (p. 456-457)
Par ailleurs, Yallop renouvelle sa critique du rapport officiel et mensonger sur la mort du Pape, du docteur Renato Buzzonetti, alors “ en charge de la santé et de l’hygiène du Vatican ”.
Il cite le témoignage du docteur Antonio da Ros qui fut le médecin personnel de Jean-Paul Ier, pendant les vingt dernières années de sa vie. En effet, le docteur da Ros parla publiquement, en 1993, pour donner d’indubitables preuves de la « bonne santé » du pape Jean-Paul Ier à la veille de sa mort, parce qu’ « on a écrit trop de mensonges sur sa santé », précisait-il (“ Il est 9 heures. Le Pape va bien ”, CRC n° 372, déc. 2000, p. 20).
« À la suite de cette révélation, le secrétaire d’État de l’époque ou Jean-Paul II auraient dû, de toute urgence, demander une enquête complète et interroger les deux anciens secrétaires du pape Luciani. Cependant, une telle conduite aurait déclenché l’ouverture d’une véritable boîte de Pandore. Depuis des années, la façon de procéder du Vatican consistait à déguiser et à cacher, et non pas à divulguer. D’ailleurs, le mystère et la dissimulation ont toujours été les spécialités de Wojtyla, depuis l’époque où il était jeune évêque à Cracovie et jusqu’à sa mort.
« L’opinion du médecin concernant la bonne santé générale du Pape était partagée par la plupart de ceux qui l’avaient connu. Certains sont cités dans mon livre. » Par exemple « le cardinal Aloisio Lorscheider, du Brésil, ami de longue date d’Albino Luciani : “ J’étais consterné. J’ai eu du mal à accepter cette triste nouvelle. Je n’avais eu vent d’aucun indice, aucun signe négatif concernant la santé de Jean-Paul Ier. ”
« À propos du refus du Vatican de procéder à une autopsie, le cardinal Lorscheider explique : “ Il reste un arrière-goût amer. ”
« Tant que les mensonges, la dissimulation et la désinformation bénéficieront d’un aval officiel, cet arrière-goût persistera.
« La première phase du processus de béatification d’Albino Luciani fut conclue à la fin de l’année 2006. Le pape Jean-Paul Ier sera ensuite béatifié, puis canonisé. Il sera loué pour sa bonté et sa sainteté incontestables. Sa qualité de martyr moderne devrait également être reconnue. Cet homme est mort pour une cause digne : la rénovation et la purification de l’Église catholique romaine.

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle